Il y a quelques années, j’ai croisé la route d’une personne elle aussi touchée par une passion : la vidéo. Amateur de sports de glisse, Erwan créait à cette période-là quelques souvenirs filmés issus de ses aventures à ski notamment. Chemin faisant, nous avons assez naturellement voulu joindre nos deux passions en une production commune, lui à la vidéo, moi sur mon vélo. Une première vidéo sans réels enjeux sinon celui de se faire plaisir à réunir ce qui nous anime, sans idée derrière la tête pour la suite sinon celle de partager et faire comprendre ce qui nous motive.

De fil en aiguille, et particulièrement guidés par les progrès et le temps consacré par Erwan à sa passion devenue plus qu’un passe-temps, les projets communs se sont poursuivis. Chaque année, une nouvelle vidéo, chaque année l’envie de faire mieux que la précédente. D’abord autour du vélo puis, suivant mon évolution sportive, une première sur le trail l’année passée. Cette aventure vidéo est devenue plus sérieuse pour Erwan qui, peu à peu, réalise des projets à titre professionnel. Néanmoins, nous n’avons pas abandonné les créations communes, toujours animés par cet esprit du début. C’est un moyen pour lui de continuer à se développer en tant que vidéaste et pour moi d’apporter une touche de créativité artistique à ma pratique du sport.
Alors, comme chaque année, en 2024, nous avons réfléchi, travaillé puis conçu une nouvelle vidéo qui vient de sortir :
Dans cet article, je vous embarque avec nous pour vous partager toute la démarche qu’il y a derrière ce projet.
D’abord une idée
Jusqu’alors, nous avons réalisé deux grands types de vidéos. D’un côté, des vidéos que je classerais dans le genre « contemplatif », avec une petite touche de storytelling, consistant globalement en un enchaînement de plans sympathiques. De l’autre côté, des vidéos de type publicitaire où nous avons voulu, sans l’appui d’un sponsor mais juste à titre d’exercice, mettre en avant un produit particulier, comme la dernière en date de 2023.
Maintenant, animés par la volonté de proposer quelque chose de nouveau et à la recherche d’une progression dans ce que nous produisons, nous avons voulu faire la synthèse des deux genres cités dans le paragraphe précédent : créer une vidéo mettant à l’honneur un ou plusieurs produits tout en racontant une histoire. Nous avions d’ailleurs déjà identifié un thème que nous aurions aimé aborder ensemble sur un de nos futurs projets : le temps. Restait à voir quand serait le moment propice.
Depuis quelque temps, Erwan collabore épisodiquement sur de petits projets avec Salomon. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers cette marque comme point de départ de notre vidéo : une marque porteuse de sens tant pour la confiance qu’Erwan est en train de tisser avec eux sur le plan professionnel mais aussi pour le sport que nous souhaitons mettre en avant, le trail. Sans chercher à nouer un quelconque partenariat ou obtenir un financement, nous avons voulu quand même faire comme si notre projet était une commande de la marque, à titre d’exercice et pour nous fixer un défi.
À ce stade donc, nous savions où nous allions : la création d’une vidéo qui met en valeur des produits voire les valeurs d’une marque, Salomon, autour de la course à pied, et avec un tout qui doit raconter une histoire. En résumé, une histoire au service de la valorisation, discrète et suggérée, d’une marque.
Ensuite, une bonne dose de préparation
Le plus dur est maintenant à venir. L’idée est trouvée, le fil conducteur est tissé. Il faut s’attaquer à une des parties les plus cruciales, qui déterminera la réussite future du projet, sa préparation. Lors de nos précédents essais, nous avons déjà pu identifier que c’est sans doute ce qui pouvait faire défaut. Il est toujours possible de se rattraper aux branches en cours d’exécution mais la marge de manœuvre devient réduite.
Pour cette préparation, nous avons attaqué le travail en deux parties : l’écriture d’un « scénario », avec le message que nous voulons faire passer, et une partie plus technique avec la conceptualisation de ce qu’il faut filmer.
Le tout est organisé via l’application Milanote qui nous permet d’enregistrer sous une forme ergonomique l’ensemble des éléments de préparation qui seront évoqués ensuite : brainstorming, storyboard, liste du matériel, identification des lieux de tournage, …

Pour la première partie, nous avons mené un premier travail commun de type « brainstorming ». Bien sûr, nous avions le thème central, le temps, et la marque Salomon en fil conducteur. À partir des différents éléments qui ont émergé, nous avons formalisé cela via un petit pitch. N’oubliez pas, nous avons voulu jouer le jeu d’une commande d’un projet donc nous nous plaçons comme si nous étions dans un cadre totalement professionnel :
Nous avons voulu imaginer un concept porteur de sens et qui fasse un lien entre nous et Salomon.
Pour notre part, nous avions, dans les tiroirs, l’idée d’un projet dont la thématique centrale est « le temps ». Ce sujet peut être abordé par différents angles. Celui que nous voulons traiter est celui du temps du quotidien, celui qui passe parfois trop vite et sur lequel nous perdons l’emprise. C’est l’incarnation de nos situations personnelles marquées par des métiers hyper connectés au sein d’un environnement urbain dense, bruyant et sollicitant.
Pour s’autoriser une pause dans ce monde frénétique, la course à pied est notre échappatoire.
Et c’est donc là que Salomon joue un rôle. En nous fournissant les équipements nécessaires à notre pratique, qu’elle soit urbaine ou en dehors des routes, si l’on s’autorise à rêver d’aventures éloignées de notre réalité, la marque répond à notre besoin de déconnexion. C’est aussi un clin d’oeil au nouveau slogan « Welcome back to earth » que nous interprétons comme une invitation à reprendre la main sur nos destinés, en commençant par se resynchroniser avec une de nos ressources les plus précieuse : le temps.
La vidéo retranscrira donc cette atmosphère précédemment décrite, avec le temps qui nous échappe mais que nous essayons de maitriser via la course à pied, en mettant en valeur de manière discrète mais continue les produits de la marque. Elle comportera des scènes urbaines mais aussi quelques passages trail. Nous mettrons donc l’accent sur deux produits qui nous paraissent tout à fait adaptés à ce que vient d’être décrit : les DRX Bliss et les Salomon Genesis, deux produits mis à l’affiche actuellement.
Pour la seconde partie, qui consiste à préparer la retranscription du pitch en vidéo, nous avions quelques éléments que nous voulions voir apparaître, par exemple, un métronome. Mais ce n’est bien sûr pas suffisant. Erwan a donc fait un gros travail de recherche pour identifier des exemples desquels s’inspirer et essayer d’en créer de toutes pièces. Le but ici est d’obtenir un ensemble de scènes et même plus précisément de plans à filmer qui, mis bout à bout, constitueront le cœur de la vidéo. Cela se traduit par un storyboard, créé via Milanote par Erwan.

Pour entrer un peu plus dans le détail, on y retrouve notamment l’ensemble des plans à filmer avec à chaque fois un exemple d’illustration extrait de vidéos tierces accompagné des détails techniques et des réglages du matériel.
Ensuite, toujours dans les préparatifs, nous essayons d’identifier les lieux où nos tournages pourront être réalisés. Ils doivent répondre à plusieurs exigences : l’environnement que nous souhaitons avoir (ville, montagne), la diversité de paysages et des éléments pour pouvoir s’approcher des plans identifiés dans le storyboard. Cette étape de repérage s’effectue par l’expérience, avec des endroits que nous connaissons déjà, et par exploration via Google Maps.

Enfin, pour finaliser cette préparation et pour être complet dans la description de notre démarche, nous avions quelques derniers points à régler, tous concernant la logistique. Nous nous sommes procurés les différents produits Salomon que nous voulions mettre en avant, à savoir les deux paires de chaussures, et aussi un ensemble complet de la marque pour former un tout homogène, la plupart nous ayant été offerts par leurs soins. Puis nous avons dû trouver des journées disponibles pour les différents tournages en espérant que la météo soit de la partie.
Puis la mise en exécution
Une fois tous les préparatifs achevés, il est temps de se mettre à la réalisation concrète du projet. D’après ce que nous avons planifié, nous avons besoin de filmer des scènes en ville, d’autres en montagne et enfin quelques-unes en intérieur, chez moi. Les deux premiers tournages sont ceux qu’il faut prioriser car ils demandent plus d’organisation. Le dernier peut être fait a posteriori car, en intérieur, nous maîtrisons l’environnement et de plus, les plans à y tourner sont rapides.
Pour la partie urbaine, nous décidons de consacrer une demi-journée au tournage avec, si possible, une météo assez maussade correspondant au ton que nous voulons donner à cette partie. Pour la partie montagne, nous dédions une journée complète car il faut prendre en compte le déplacement et la marche d’approche pour arriver sur notre coin secret, qui comme les coins à champignons, ne doit pas être dévoilé.
Une fois sur place, dans les deux cas, et en théorie, il suffit de filmer l’ensemble des plans qui ont été définis dans le storyboard évoqué en amont dans cet article. C’est en partie ce qui s’est passé. Mais, Erwan se laisse un certain degré de liberté pour filmer des plans différents en fonction des conditions rencontrées, des paysages ou des éléments qui peuvent l’inspirer sur le moment. Tout est une question d’adaptation mais encadré par le travail préparatoire. Et en pratique, pour moi qui joue « l’acteur », cela consiste à écouter et respecter les demandes d’Erwan, rôle facile. En résumé, courir sur une portion définie et souvent plusieurs fois pour lui donner l’opportunité de saisir le même plan avec différents réglages ce qui lui laissera du choix en post-production.
Un aspect important et même primordial lors des tournages, que j’aurais pu évoquer dans la partie préparation, concerne le matériel utilisé pour filmer. Erwan est partisan d’utiliser du matériel quelque peu minimaliste et ne court pas après la dernière nouveauté car il considère que ce qu’il possède déjà est suffisant et le force à être plus créatif par rapport à du matériel « auto-assisté ». Il dispose d’une caméra Panasonic G9 avec un objectif Sigma 18-24mm, un stabilisateur RS4 et aussi un drone DJI Mavic Air. L’ensemble de son matériel est estimé à 3000€ à ce jour. À titre de comparaison, pour des productions professionnelles, les vidéastes possèdent souvent une caméra RED à 40 000€.
Enfin la finalisation
Une fois les premiers tournages effectués, le début du travail de montage peut commencer. Pour cela, Erwan commence par analyser l’ensemble des plans dans l’ordre chronologique de ce qui a été filmé. Et comme plusieurs plans sont souvent filmés pour une même scène, il les classe du plus pertinent au moins pertinent. L’ensemble du montage est effectué sur Davinci, dont l’extrait suivant représente la phase de « dé-rush » que je viens d’expliquer. Les plans sont classés, sur l’axe horizontal, selon l’ordre chronologique, et sur l’axe vertical par ordre de préférence.

Les plans, après avoir été triés, seront ordonnés en suivant le storyboard, ou à défaut de storyboard, selon l’inspiration du monteur.
Une fois cette première étape franchie, il est alors temps de se rendre compte si tous les plans nécessaires sont bien présents pour la continuité de la vidéo ou s’il en manque, auquel cas il faudrait organiser un nouveau tournage. Heureusement, bien guidés par le travail préparatoire, et avec un peu d’adaptation, rien ne manque ici. Vous remarquerez aussi que j’ai dit que le tournage en intérieur n’avait pas encore été fait. Néanmoins, pour les besoins du montage, il faut insérer les plans dans la vidéo. Pour cela, Erwan utilise des plans extraits d’autres vidéos et les remplacera par les nôtres une fois filmés.
Maintenant que l’ensemble des plans est présent, il faut créer les différentes transitions, notamment celle conceptualisée en amont par Erwan pour le passage de la partie urbaine à la partie trail, avec le papillon. Pour cette transition particulière, il utilise deux outils : After Effect pour les effets spéciaux et Blender pour la partie 3D. Puis il insère cette transition dans l’ensemble et la retravaille si besoin.
L’étape suivante du montage est la colorimétrie. Cela consiste à ajuster et harmoniser les couleurs des différentes séquences pour obtenir un rendu visuel uniforme et esthétique. Cela inclut la correction des couleurs (color correction) pour rectifier les écarts de couleur entre les prises, et l’étalonnage (color grading) pour créer une ambiance visuelle spécifique et renforcer l’impact émotionnel de la vidéo. Cette étape est aussi réalisée via Davinci.

Pour illustrer l’effet que peut avoir cette étape :


Enfin, la dernière étape du montage concerne le son, étape dite de « sound design ». Cela consiste en l’intégration et l’ajustement des éléments sonores. Cela comprend la musique, les effets sonores. Toujours effectué via Davinci, Erwan utilise des musiques provenant de banques de sons, choisies pour répondre à l’ambiance que nous voulons donner à la vidéo. Pour les bruits d’ambiances, les effets sonores, la difficulté réside dans le fait que personne n’a enregistré l’exact son voulu, donc il faut adapter, par exemple en trouvant un son d’un rocher qui tombe dans l’herbe pour faire un bruit de pas.

Lors de ces différentes étapes, Erwan travaille seul. J’interviens quelques fois pour lui apporter un point de vue en essayant d’avoir un regard critique. Je lui sers de premier relecteur en quelque sorte.
À présent, les grandes étapes du montage ayant été réalisées, il ne reste plus qu’à effectuer le tournage des scènes en intérieur. Tout étant bien scripté, et la vidéo déjà bien avancée donc les idées plutôt claires sur ce qu’il fallait filmer, la réalisation fut rapide. Erwan a ensuite retravaillé quelques éléments notamment autour du métronome pour régler des derniers détails, petits détails mais souvent les plus chronophages.

Nous nous retrouvons alors à la conclusion du montage, où l’ensemble des plans sont insérés dans le logiciel de montage, la colorimétrie appliquée, le sound design en place.
Un pas de plus vers la progression
L’ensemble du processus que je viens de vous détailler est l’envers du décor de la vidéo que vous avez visionnée en introduction. Comme vous l’avez compris, nous avions l’envie d’innover dans notre démarche de création, en relevant un nouveau défi qui était de raconter une histoire au service de la valorisation d’une marque et de ses produits.
À l’heure de l’écriture de ces lignes, nous sommes plutôt critiques par rapport à ce que nous avons produit. Nous sommes plutôt satisfaits de la qualité des images mais nous estimons que nous n’avons pas réussi à faire passer le message que nous voulions tel que décrit dans une des premières parties de l’article. Pour aider à la compréhension, nous avons pensé à ajouter une voix off à la vidéo. C’est une idée que nous avions quasiment dès le départ mais nous avons choisi d’attendre le résultat final pour décider si nous en ajoutions une ou non. Le fait est qu’une fois la vidéo achevée, il est plutôt difficile d’y superposer une voix. Aucune de nos tentatives ne paraît concluante.
Alors, plutôt que de s’acharner à vouloir produire quelque chose de parfait, notre parti pris est de s’arrêter ici, avec le résultat en l’état. Trop souvent, le perfectionnisme peut l’emporter sur la productivité, le mieux étant l’ennemi du bien. D’ailleurs, nous avions pour objectif de sortir cette vidéo aux alentours de fin mai, preuve que l’attente a assez duré. À nous de faire mieux sur la prochaine tentative, par exemple en anticipant le besoin d’une voix off et de la travailler bien en amont.
Néanmoins, même si nous ne sommes pas parfaitement satisfaits de ce travail, nous considérons que c’est un pas de plus dans notre progression. Le travail préparatoire a été bien plus structuré, les tournages plus fluides, la qualité des images s’améliore. D’ailleurs, pour mettre en perspective tout cela, quelques chiffres pour mesurer la quantité de travail. Mis bout à bout, le travail préparatoire a pris une vingtaine d’heures, les tournages une quinzaine, et le montage une trentaine. Au total, cela représente plus de 60 heures de travail cumulées.
En s’appuyant sur les différents retours que nous obtiendrons et du regard critique que nous portons sur cette production, nous modifierons certains éléments pour nos prochains projets avec toujours cette volonté de progresser et de proposer des nouveautés.
En espérant que cet article vous ait permis de mieux comprendre tout ce qui se cache derrière la réalisation d’une vidéo.

Laisser un commentaire