A la découverte du foot féminin

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Vendredi soir, je me suis rendu au Stadium de Toulouse pour assister à un match de la Ligue des Nations entre l’équipe de France féminine de football et la Norvège. Habitué à fréquenter le Stadium pour voir les matchs du TFC, c’était pour moi une première expérience de match professionnel de football féminin. L’occasion était idéale : des places très abordables, entre 10 et 20 euros, et la curiosité de découvrir un autre visage du football.

Une atmosphère différente

Dès mon arrivée, un premier constat s’impose : le public n’est pas le même. Le Stadium, à moitié vide avec environ 15 000 spectateurs, sonne creux par rapport à l’ambiance électrique des matchs du TFC. Mais surtout, le profil du public m’interpelle. Beaucoup de familles avec de jeunes enfants, notamment des petites filles, et de nombreux groupes visiblement issus des clubs de la région. L’ambiance est douce, presque paisible. C’est sympathique, mais on est loin de la ferveur habituelle.

Un jeu en demi-teinte

Sur le terrain, le spectacle peine à décoller. La première mi-temps manque d’intensité, avec de nombreux déchets techniques. La seconde période offre un peu plus de rythme, mais l’ensemble reste assez soporifique. À vrai dire, cela m’a rappelé le dernier match que j’avais vu ici, un TFC-Saint-Étienne loin d’être mémorable.

L’équipe de France, pourtant favorite, peine à imposer son rythme. Peu d’occasions franches, des passes imprécises et un manque d’engagement. Le match manque de cette intensité qui fait vibrer les tribunes. Une déception sportive, mais une expérience enrichissante à d’autres niveaux.

Bienveillance à outrance

Autour de moi, certains spectateurs semblent découvrir le football féminin. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est leur attitude : une bienveillance presque excessive. Chaque geste technique, pourtant classique, suscite un enthousiasme débordant. J’entends des remarques du type : « Ça joue pas si mal. » Sous-entendu, « pour des filles » ?

Cette forme de compassion mal placée m’a rappelé certaines critiques entendues lors des Jeux paralympiques. C’est un reproche qui a été formulé par des personnes en situation de handicap elles-mêmes : on les trouve héroïques avant tout pour leur handicap, avec une espèce de bienveillance excessive. Pourtant, ce qu’ils souhaitent avant tout, c’est être traités pour ce qu’ils sont, en l’occurrence des athlètes accomplis. Les féliciter en les réduisant à leur différence, même avec de bonnes intentions, revient à minimiser leur performance.

Il en va de même pour le football féminin. Je suppose que les joueuses veulent être jugées sur leur jeu, leurs qualités techniques et tactiques, et non sur des attentes biaisées. Ce soir-là, le niveau de jeu était objectivement moyen. Et si j’ai bien suivi, c’est un reproche récurrent fait à cette équipe de France.

Source d’inspiration

Malgré un match en demi-teinte, un moment fort a retenu l’attention : l’ovation réservée à Eugénie Le Sommer. Une joueuse emblématique, modèle pour beaucoup. La présence de nombreuses jeunes filles passionnées, venues voir leurs modèles, prouve que des vocations sont en train de naître.

D’ailleurs, pour ceux qui souhaitent découvrir Eugénie Le Sommer plus en détail, je recommande une vidéo interview par Zack Nani. Elle offre un regard personnel et inspirant sur le parcours de la joueuse lyonnaise

Structuration et expansion

Pour replacer cette expérience dans un contexte plus large, il faut souligner les avancées majeures du football féminin en France ces dernières années. En 2010-2011, on comptait moins de 90 000 licenciées. Ce chiffre a grimpé à 240 791 en 2023, avec une augmentation de 12,4 % par rapport à l’année précédente.

La Fédération Française de Football a mis en place plusieurs plans stratégiques, notamment le Plan Héritage 2019, visant à structurer le football féminin, investir dans les infrastructures et former les encadrants. En 2024, la création de la Ligue Féminine de Football Professionnel a marqué une étape clé, avec pour ambition de faire de la France la meilleure ligue européenne de football féminin professionnel d’ici 2028.

Au-delà du match, ce que j’ai vu au Stadium, c’est un football en construction. Un football où les enjeux dépassent le simple résultat. Car si le niveau de jeu doit encore progresser, l’essentiel est peut-être ailleurs : dans ces regards émerveillés de petites filles qui, demain, rêveront peut-être de fouler cette même pelouse en Bleu.

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