Comme chaque semaine, retour sur trois faits marquants de l’actualité sportive, deux découvertes média (podcast, lecture, vidéo, …) et un débat ou une prise de position qui ont attiré mon attention.
3 faits marquants
Paris-Nice : un peu d’air frais
La semaine dernière, je râlais contre la surdomination de Pogacar aux Strade Bianche et l’absence totale de suspense. Paris-Nice m’a réconcilié avec ce que j’attends du cyclisme : de l’incertitude, des scénarios variés, des surprises.
A chacune des étapes, de la nouveauté. Les bordures, la météo et l’innovation du contre-la-montre par équipes ont rythmé la course. Jumbo-Visma était fort, mais pas intouchable. Et même avant son abandon, Vingegaard n’écrasait pas tout.
Résultat : un général ouvert jusqu’à la dernière étape, avec Matteo Jorgenson vainqueur devant Lipowitz et Arensman. Un podium assez inattendu, preuve qu’il y a encore un peu de places pour l’incertitude dans un cyclisme à deux vitesses.
Un Paris-Nice comme je les aime : vivant, tactique et imprévisible. Rien de révolutionnaire, mais un bon rappel que le cyclisme est plus beau quand on ne connaît pas le vainqueur à l’avance.
Pierra Menta : l’âme du ski-alpinisme face aux JO
La Pierra Menta, cette course mythique de ski-alpinisme, s’est tenue du 12 au 15 mars 2025 à Arêches-Beaufort. Quatre jours de course en binôme, des dénivelés monstrueux, des pentes vertigineuses : c’est l’épreuve ultime du ski-alpinisme.
Je ne suis pas un suiveur assidu de cette discipline, mais je m’y intéresse, notamment parce qu’on y retrouve beaucoup de traileurs en hiver. Et surtout, parce qu’elle va faire son entrée aux Jeux olympiques de Milan-Cortina en 2026.
Mais là où la Pierra Menta est une épreuve authentique, en haute montagne et sans compromis, les JO proposeront des formats courts et télégéniques (sprints, relais mixtes), souvent en station. Ce changement ne fait pas l’unanimité. Certains y voient une opportunité de médiatisation, d’autres dénoncent une aseptisation du sport, coupé de son essence alpine.
Et forcément, ça fait écho au trail. Lui aussi pourrait un jour rejoindre les JO. Mais à quel prix ? Comme le ski-alpinisme, il repose sur une identité forte et un rapport brut à la nature. La professionnalisation passe toujours par des compromis. Encore faut-il qu’ils ne dénaturent pas le sport.
La Kings League débarque en France
Depuis son lancement par Gerard Piqué en 2022, la Kings League a trouvé son public : du foot à 7, des règles originales (cartes bonus, penaltys en duel), des équipes menées par des footballeurs et des streameurs… Un mélange entre sport et divertissement pur.
En 2025, place à la Kings League France. Aux commandes des équipes, on retrouve des ex-joueurs comme Nasri, Ménez, Maignan, Tchouaméni, Koundé, Rami, mais aussi des streameurs influents qui attirent leur communauté. Un casting pensé pour faire de l’audience.
Et c’est bien ça qu’il faut comprendre : la Kings League, c’est du show avant d’être du foot. Comme les matchs entre streamers qui cartonnent malgré une qualité de jeu absolument affreuse, ici, l’objectif n’est pas la performance, mais l’engagement du public.
Certains s’inquiètent d’une menace pour le “vrai” foot. Soyons sérieux. Ce format amuse, attire du monde, mais ne remplacera jamais le football institutionnel. Intervilles n’a pas remplacé les Jeux Olympiques, et la Kings League ne remplacera pas la Ligue des Champions.
2 médias intéressants
So Foot dissèque Guardiola
La semaine dernière, je parlais du premier numéro de So Foot consacré à Pep Guardiola, qui revenait sur son parcours de joueur et posait les bases de l’entraîneur qu’il allait devenir. Cette fois, place au Guardiola tacticien, celui qui a révolutionné le football moderne et en est devenu la référence absolue.
So Foot garde la même recette : des sujets fouillés, des angles originaux et un ton bien senti. Ce numéro explore comment Guardiola nourrit son approche du jeu en échangeant avec des journalistes, philosophes, mathématiciens, grands chefs… Des discussions qui l’inspirent et dont on retrouve parfois des traces dans ses principes tactiques. On découvre aussi son dialogue avec Magnus Carlsen, champion du monde d’échecs, pour transposer certaines logiques stratégiques au football.
Mais le magazine ne tombe pas dans l’hagiographie. Les critiques qui lui sont adressées ne sont pas éludées : cette volonté d’intellectualiser à l’extrême, cette obsession du contrôle, ce dogmatisme parfois étouffant… Tout est mis sur la table.
Que l’on adhère ou non à sa vision du jeu, ce numéro est incontournable pour comprendre l’influence majeure de Guardiola sur le football du XXIᵉ siècle.
Affaires sensibles – JO 1936
Il est intéressant de disserter sur les principes de jeu de Guardiola, mais il est aussi essentiel de reconnaître que le sport dépasse souvent ses propres frontières pour refléter des enjeux bien plus importants. Le podcast Affaires sensibles de France Inter consacre un épisode aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, une illustration parfaite de cette réalité.
Ces Jeux, orchestrés par le régime nazi, ont servi de vitrine à l’idéologie d’Hitler, utilisant le sport comme outil de propagande pour afficher une Allemagne puissante et unie, pour masquer les futurs horreurs à venir. Le podcast explore les réactions internationales de l’époque : entre naïveté face à la montée du nazisme, compromissions et tentatives de boycott. Il met en lumière comment ces Jeux ont reflété les dynamiques politiques mondiales et l’utilisation du sport à des fins idéologiques.
Pour ceux qui pensent que le sport est apolitique, cet épisode offre une perspective éclairante sur la manière dont il peut être instrumentalisé pour servir des agendas politiques. Une écoute essentielle pour comprendre les liens complexes entre sport et politique.
1 débat
Dissolution des Ultras , dérive sécuritaire ?
Le ministère de l’Intérieur veut dissoudre plusieurs groupes ultras, comme les Magic Fans et la Brigade Loire, en raison d’incidents violents.
Mais cette décision n’a aucun sens. Punir un groupe entier pour les actes de certains, c’est une approche aveugle et simpliste. Ces groupes encadrent une ferveur qui, livrée à elle-même, pourrait être encore plus incontrôlable.
Surtout, le football sert ici de proie facile. Il permet au gouvernement de faire une démonstration d’autorité à moindre coût, dans une logique purement populiste. Une manière de donner des gages à l’opinion en jouant les durs, sans rien régler au fond.
Et c’est là que ça devient inquiétant. Aujourd’hui, ce sont les ultras. Demain ? Quand on commence à restreindre des libertés dans un domaine jugé “secondaire”, il est légitime de craindre que la méthode s’étende ailleurs.
Dissoudre un groupe ultra, peu s’en soucieront. Mais quand il s’agira de structures plus essentielles, ils pleureront.

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