« Pages et Sport: ma recommandation hebdomadaire pour faire le lien entre lecture et sport », un format que je publie tous les jeudis sur Instagram. Je compile ici les publication du mois qui vient de se terminer.
Les grands récits
« Les Grands Récits », c’est avant tout une histoire de transmission. D’abord publiés sous forme d’articles sur le site internet d’Eurosport, puis adaptés en podcasts, ces récits ont trouvé une nouvelle vie dans un livre publié aux Éditions Amphora . Laurent Vergne et Maxime Dupuis y ont réuni 14 histoires marquantes, retraçant des moments clés qui ont façonné l’histoire du sport.
L’un des premiers éléments qui m’a frappé, c’est la mise en page. Coloré, illustré, ce livre est un vrai plaisir à parcourir. Cet aspect graphique, loin d’être anecdotique, rend la lecture plus immersive et fluide.
Autre point fort : son accessibilité. Chaque histoire est indépendante, ce qui permet de le lire à son rythme, sans contrainte. Idéal pour ceux qui n’aiment pas s’engager dans une lecture longue ou qui cherchent un livre à feuilleter.
Sur le fond, ce livre réussit à équilibrer récits incontournables et histoires plus confidentielles. On y retrouve des figures emblématiques comme Marcel Cerdan, mais aussi des angles plus originaux, comme le parcours méconnu de Peter Norman, cet athlète australien qui se tenait sur le podium des Jeux olympiques de 1968 aux côtés de Tommie Smith et John Carlos, lors de leur geste historique de protestation contre les inégalités raciales.
Seul petit regret : une nouvelle édition avait été évoquée, mais elle ne semble pas d’actualité.
Mais quoi qu’il en soit, ces récits sont intemporels. Ancrés dans l’histoire du sport, ils ne perdront jamais leur force et peuvent être lus à tout moment, que ce soit aujourd’hui ou dans plusieurs années.
Louis Nicollin – Le football en héritage
Louis Nicollin, c’était bien plus qu’un président fantasque à la gouaille inimitable. Ce livre de Jean-Marie Lanoë, aux éditions Solar , permet de (re)découvrir la vie d’un personnage aussi romanesque qu’attachant, un bâtisseur passionné, qui a laissé une empreinte indélébile, bien au-delà de ses (nombreux) excès médiatiques.
Le livre nous rappelle aussi qu’au-delà du leader, c’était également un visionnaire qui a marqué autant l’industrie que le football français, comme en atteste son implication en tant que pionnier du football féminin en France. Ce qui m’a le plus frappé, c’est la manière dont le livre dévoile l’homme derrière la caricature : un être entier, viscéralement fidèle à ses proches et généreux sans calcul, malgré la puissance financière qu’il avait acquise. Loulou était un feu ardent, un homme qui vivait pleinement, porté par sa passion du football. Il s’est éteint comme il avait vécu, le jour de ses 74 ans, attablé dans un restaurant, entouré de ceux qu’il aimait.
Cette lecture rappelle également des valeurs essentielles que l’on oublie parfois à l’ère du football business : l’ancrage local, la passion et l’incarnation d’une histoire collective. Loulou reste un modèle de dirigeant capable de faire vibrer un club et toute une région bien au-delà des terrains.
Franck
Un livre sur Franck Ribéry… mais sans lui. L’auteur, n’ayant pas obtenu de réponse du joueur, a pris le parti d’écrire une « autobiographie imaginaire » aussi appelée « autofiction », pour réhabiliter son image et raconter son mythe.
Ce que j’ai aimé dans ce livre, aux editions Marabout , c’est cette approche originale. Plutôt que de trahir l’histoire de l’homme du peuple, il en fait un récit vibrant, qui parle à tous. L’écriture est fluide, parfois romancée, mais toujours ancrée dans les faits marquants de sa grande carrière. On y retrouve un Ribéry brut de décoffrage, généreux sur le terrain, maladroit en dehors. De Boulogne-sur-Mer à Munich, en passant par l’OM et l’équipe de France, le livre alterne anecdotes légères et moments plus profonds. On y revit son ascension fulgurante après de nombreuses années de galère, sa complicité étonnante avec Zidane, ses blagues potaches dans le vestiaire, mais aussi sa frustration de ne jamais avoir remporté le Ballon d’Or, qui pourtant aurait été mérité en 2013.
Un livre qui, au-delà du foot, raconte l’histoire d’un homme qui n’a jamais cessé de se battre pour exister au plus haut niveau, et dont la cote de popularité en France ne rend pas hommage au palmarès. L’auteur a à mon sens rétabli par ce livre la place que devrait avoir Le Kaiser dans le paysage du sport français.
Data et sport, la révolution
Dans ce livre aux éditions de l’Observatoire , Yannick Nyanga , figure du rugby français, accompagné d’ Aurélie Jean , experte en science algorithmique, explore le rôle croissant des données dans le sport.
D’abord perçue comme une contrainte, la data est devenue pour lui un objet de curiosité, notamment lors de sa convalescence après une lourde blessure. Aujourd’hui entraîneur, il continue d’en explorer les usages tout en pointant ses dérives : manipulation des statistiques par les joueurs, confusion entre corrélation et causalité, ou encore influence excessive des mesures sur le jeu.
Nyanga construit ainsi au fil du livre une approche personnelle et équilibrée, où la data sert l’intelligence situationnelle sans la remplacer. Il s’appuie sur la méthode de Fabien Galthié pour rappeler que l’intelligence sportive ne se résume pas aux chiffres, mais intègre aussi le sensoriel et l’émotionnel. Il plaide pour un juste milieu entre science et intuition : « L’intuition est la meilleure alliée de la data. »
Attention cependant car ce livre n’est pas un manuel sur l’usage des données dans le sport, mais l’accompagnement d’un sportif dans sa réflexion personnelle sur leur place et leur impact.
On se retrouve le mois prochain pour la compilation des recommandations lecture du mois d’avril !

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