Comme chaque semaine, retour sur trois faits marquants de l’actualité sportive, deux découvertes média (podcast, lecture, vidéo, …) et un débat ou une prise de position qui ont attiré mon attention.
3 faits marquants
Flandres : promesse tenue
La semaine dernière, j’évoquais l’annonce de Pogacar à Paris-Roubaix. J’appelais de mes vœux un duel avec Van der Poel, mais aussi une vraie bataille, où d’autres noms viendraient perturber le face-à-face. Eh bien, j’ai déjà été servi. Avant Roubaix, les Flandres ont livré tout ce qu’on attendait.
Le contexte y a un peu contribué : UAE décimé, des mouvements de course lancés tôt, une vraie dynamique d’attaque. Résultat : 120 km de plaisir, avec de la course, de l’anticipation, des rebondissements. Le final ? Un Pogacar dans son registre, à base de montées à bloc, à la force du jarret, sans grande manœuvre tactique. Il avait 10 cartouches (les autres 2 ou 3, soit), il les a toutes tirées.
Mais l’intérêt n’était pas là. Il était dans ce qui se passait autour. Dans la course-poursuite, dans le podium qui se dessinait, dans la densité retrouvée. Et surtout, dans la construction de ce qui vient : Paris-Roubaix.
Car aux Flandres, Pogacar a fait du Pogacar : il a mis le feu là où ça monte, là où ça répond à ses qualités. À Roubaix, pas de monts flandriens pour créer les écarts. Les pavés ne se montent pas, ils se traversent. Rouler comme un dératé ne suffira pas. Il faudra autre chose. Et c’est exactement ce “autre chose” qui rend la semaine prochaine aussi excitante.
LFP-DAZN : le naufrage continue
C’est un sujet que j’ai déjà largement évoqué ici, mais difficile de ne pas y revenir : la Ligue de football professionnel est toujours empêtrée dans son bras de fer avec DAZN, censé être son diffuseur au moins jusqu’à la saison prochaine.
La médiation engagée n’a, pour l’instant, rien donné de concret. DAZN campe sur ses positions, critique l’attractivité du produit et les conditions d’exploitation, et semble s’orienter vers un refus de payer la prochaine échéance. Pire : certains évoquent même un retrait total.
Pendant ce temps, le foot français continue à perdre du temps, de l’argent et de la crédibilité. On pensait avoir touché le fond avec l’épisode Mediapro, mais la LFP semble bien décidée à creuser encore un peu.
Si vous ne suivez pas ce feuilleton semaine après semaine, je vous recommande vivement le Complément d’enquête de France 2 consacré à Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG mais aussi acteur-clé de la gestion des droits télé et du foot français. Ça éclaire pas mal de choses, et pas seulement sur sa personne.
Car derrière le conflit DAZN–LFP, c’est toute la gouvernance du foot français qui est en question. Et ça commence à se voir et se savoir.
Toulouse gagne… mais tout n’est pas clair
Le Stade Toulousain s’est imposé ce week-end en Coupe d’Europe face à Sale (31–19), et confirme une fois de plus son statut de mastodonte du rugby français. Jeu léché, profondeur d’effectif, continuité dans le projet… Sportivement, rien à dire.
Mais difficile de parler de Toulouse sans évoquer ce qui s’est passé en dehors du terrain. Je n’avais pas encore pris le temps d’en parler ici, mais l’affaire autour de Melvyn Jaminet mérite qu’on s’y attarde.
Pour faire simple : lors de son transfert, un montage financier aurait été mis en place, contournant les règles du salary cap. Une partie de l’argent aurait échappé au circuit habituel, flouant à la fois le joueur… et le club. La Ligue Nationale de Rugby a reconnu la fraude, et infligé une amende à Toulouse.
Mais voilà : c’est une sanction uniquement financière. Pas de retrait de points, pas de conséquences sportives. Et face à un club aux reins solides, cette amende passe presque pour un accroc de trésorerie. Forcément, certains dénoncent un traitement trop clément.
Je suis souvent prompt à critiquer la gouvernance du foot, mais il ne faudrait pas croire que le rugby en est exempt. Les affaires floues, les arrangements en coulisses : on en trouve aussi dans l’ovalie. Simplement, ça se voit un peu moins. Et c’est peut-être bien là le problème.
2 médias intéressants
Dark Web – Sport, combat et idéologie
Je parle souvent ici du sport comme prisme pour observer la société. Et ce nouveau format vidéo proposé par L’Équipe Explore, baptisé Dark Web, en est une belle illustration. Un format court (15-20 min), mené comme une véritable enquête journalistique, appuyé sur les méthodes d’open source intelligence : réseaux sociaux, bases de données, géolocalisation…
Le premier épisode – “L’ultradroite dans l’octogone” – s’intéresse à l’infiltration des milieux d’ultradroite dans le MMA et les sports de combat. L’équipe de journalistes a analysé des centaines de contenus, infiltré des groupes, et mis au jour une dynamique inquiétante : des pratiques sportives utilisées pour recruter, structurer et militer.
C’est documenté, bien produit, et ça se regarde facilement. Et surtout, ça rappelle que le sport n’est jamais totalement neutre. Il est aussi un outil, parfois instrumentalisé, souvent révélateur.
Un nouveau format à suivre de près si vous aimez creuser ce que le sport peut aussi cacher.
11ème Art : creuser la question ultra
Depuis deux semaines, je parle ici de la situation des groupes de supporters et des menaces de dissolution qui pèsent sur certains d’entre eux. Format court oblige, je n’ai abordé que quelques angles. Pour celles et ceux que ça a intrigués, voilà un bon complément : le dernier épisode du podcast 11ème Art.
Comme d’habitude, le podcast part d’une simple question : “Les Ultras, tous indispensables ?” Pour y répondre, trois intervenants – Timothée Maymon, François Beyssen et Thibaud Leplat – apportent chacun leurs arguments et leur lecture du sujet. D’abord en posant leurs éléments, puis dans un débat collectif bien mené.
Et c’est là que 11e Art fait toujours la différence. Pas de clashs inutiles, pas de postures : un vrai échange, avec des visions différentes, parfois opposées, mais toujours argumentées. Les idées sont étayées, sourcées, remises en perspective. Le tout dans un cadre respectueux qui permet à chacun de se forger ou d’enrichir son point de vue.
Un podcast à écouter si vous voulez creuser la question au-delà des raccourcis habituels. Et si vous vous intéressez vraiment à ce que les tribunes disent du football… et de la société autour.
1 débat
Nouvelles compétitions : simple effet de mode ou vraie révolution ?
Cette semaine, trois événements illustrent cette tendance :
- Kings League: foot à 7, cartes bonus, streamers
- UTS à Nîmes: tennis en quatre quarts temps, coaching autorisé
- Grand Slam Track: athlé avec prize money élevé et format resserré
Règles modifiées, rythme accéléré, codes visuels empruntés au divertissement… Ces formats se veulent plus « modernes », plus adaptés aux nouveaux publics, et cherchent souvent à toucher un public jeune, plus connecté.
Mais est-ce un changement durable, ou juste une phase de test portée par quelques figures visibles ?
Effet de mode ou début de révolution dans notre rapport au sport ?
Je n’ai pas encore la réponse. Et je compte revenir dessus plus longuement. Parce que derrière ces initiatives, il y a des questions profondes sur ce que devient le sport, ce qu’on attend de lui… et ce qu’il risque de perdre en cours de route.

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