Itinéraire de la semaine – 21 avril

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Comme chaque semaine, retour sur trois faits marquants de l’actualité sportive, deux découvertes média (podcast, lecture, vidéo, …) et un débat ou une prise de position qui ont attiré mon attention.

3 faits marquants

Campagne terminée, suspense envolé

La Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège ont bouclé la campagne des classiques. Et malgré quelques espoirs, le constat est sans appel.

La semaine dernière, l’Amstel avait laissé entrevoir une possibilité : Pogacar semblait humain, Evenepoel avait osé, et la course s’était ouverte. Mais la Flèche et Liège ont vite remis les pendules à l’heure. Il n’y a pas eu match. Pogacar a dominé, sans fioritures, sans panache même. Une attaque sèche, un écart creusé, rideau.

Je suis toujours partagé face à cette domination. Bien sûr, elle est historique et rappelle d’autres âges d’or du cyclisme — en espérant qu’elle ne nous rappelle pas aussi, à terme, ses heures les plus sombres. Mais à force, la répétition des mêmes scénarios, le manque de tactique, l’absence de vrai duel, finissent par lasser. Il n’y a plus de surprise, plus d’incertitude. Et dans un sport où l’attente, le scénario, les rebondissements font partie du plaisir, c’est dommage.

Ma solution actuelle ? Me tourner vers les courses féminines. À Liège ce dimanche, côté féminin, il y avait du suspense, des attaques, des coups tactiques, des rivales qui tentaient. Bref, ce que j’aime dans le cyclisme : de la tension, des courses ouvertes, et pas seulement un concours de watts.

Paul Seixas, premières promesses

Sur le Tour des Alpes, un jeune Français a confirmé les espoirs placés en lui.

En septembre dernier, j’évoquais ici Paul Seixas, alors junior, auteur de résultats bluffants. Depuis, il est passé professionnel chez Decathlon AG2R La Mondiale. Et cette semaine, sur le Tour des Alpes, il a commencé à montrer tout ce qu’on pouvait espérer de lui.

À 18 ans à peine, Seixas a impressionné : troisième de la première étape, deuxième de la deuxième, et à nouveau deuxième sur la cinquième. Il a même remporté le classement par points de l’épreuve . Mais au-delà des résultats, c’est son attitude qui marque. Lors de la dernière étape, en tête avec son coéquipier Nicolas Prodhomme, il a choisi de lui laisser la victoire, estimant qu’il la méritait davantage. Un geste rare à cet âge, qui en dit long sur sa maturité.

Alors oui, il est encore jeune, tout est à construire. Mais dans un cyclisme français en quête de nouvelles têtes d’affiche sur les courses à étapes après Pinot et Bardet, difficile de ne pas ressentir une pointe d’enthousiasme.

Ses résultats en junior laissaient entrevoir de belles choses ; son début de carrière pro commence à confirmer. Laissons-lui du temps, protégeons-le des attentes démesurées… mais gardons l’œil ouvert. Il y a peut-être là le futur grand coureur français que l’on attend.

Real Madrid : grandeur écorchée

Au-delà de la défaite contre Barcelone en Coupe du Roi, c’est l’attitude du Real Madrid qui a déçu. Un comportement loin du standing qu’il revendique.

Quand on évoque le Real Madrid, il y a toujours cette aura particulière : le plus grand club du monde, le palmarès le plus riche, une institution presque au-dessus du reste. Mais parfois, l’attitude ne suit pas. Et ce Clasico en Coupe du Roi en a été une illustration criante.

Dès avant le match, la pression mise sur l’arbitrage, les insinuations en conférence de presse, les regards suspicieux… Tout était là. Comme si, à défaut de dominer sportivement, il fallait semer le doute. Sur le terrain, même rengaine : contestations systématiques et aggresives, posture de victimes, et cette incapacité à accepter simplement que l’adversaire puisse être meilleur sur une soirée.

Je n’avais pas de parti pris particulier avant ce match. Mais à force de voir ce comportement, une seule envie m’est venue : voir Barcelone l’emporter. Non pas par amour du Barça, mais par rejet d’une forme d’arrogance mal placée.

Le plus grand club du monde, s’il veut rester à la hauteur de ce statut, devrait aussi savoir perdre avec classe. Accepter qu’une défaite ne soit pas forcément une injustice, ni un complot. Et surtout, se souvenir que la grandeur ne se mesure pas seulement en trophées, mais aussi en attitude dans les moments difficiles.

2 médias intéressants

Sidney Govou, tout simplement

Dans l’émission Zack en Roue Libre, Sidney Govou se livre pendant deux heures. Un passage obligé pour tout supporter lyonnais… et au-delà.

En tant que supporter de l’OL, difficile de passer à côté : Sidney Govou, invité de Zack en Roue Libre, raconte pendant deux heures son parcours, ses souvenirs, ses anecdotes. Et forcément, pour quelqu’un qui a grandi en suivant l’ascension du club au moment de l’arrivée de Sidney, c’est un rendez-vous incontournable.

Le format, toujours aussi décontracté avec Zack Nani, fonctionne à merveille avec la personnalité de Govou : simple, direct, naturel. Il raconte sans langue de bois, mais sans tomber dans la caricature ou la rancœur. Que ce soit sur l’âge d’or de l’OL, ses expériences en équipe de France, ou ses moments plus compliqués, il y a toujours cette sincérité désarmante qui rend l’échange vivant.

On en apprend beaucoup : sur les dynamiques de vestiaire, les coulisses d’une époque où Lyon dominait la Ligue 1, les rapports avec certains entraîneurs, les anecdotes de vestiaires. C’est à la fois instructif, drôle, et parfois un peu nostalgique.

Un très beau moment d’échange, capté sans artifice, pour les supporters lyonnais évidemment, mais aussi pour tous ceux qui aiment entendre des sportifs parler vrai, loin des discours calibrés.

Bradley Wiggins, l’homme derrière le champion

Dans un long entretien pour L’Équipe Magazine, Bradley Wiggins se livre comme rarement. Un témoignage brut, poignant, d’un champion qui a dû tout reconstruire.

Il y a des lectures qui restent. Le long entretien accordé par Bradley Wiggins à L’Équipe Magazine est de celles-là. Pendant plusieurs pages, l’ancien vainqueur du Tour de France déroule sans filtre son histoire : ses traumatismes d’enfance, sa dégringolade après la fin de sa carrière, ses addictions, sa dépression… et aujourd’hui, lentement, sa reconstruction.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’accumulation des drames — l’abandon du père, les agressions subies, la descente aux enfers — mais la manière dont Wiggins accepte enfin de mettre des mots sur tout cela. Lui qui, cycliste, avançait dans une carapace d’orgueil et de silence, semble aujourd’hui vouloir tout ouvrir, tout raconter, quitte à exposer ses failles les plus profondes.

L’article dresse aussi, en creux, un autre portrait : celui d’un sport qui broie ses champions, d’un système où la gloire ne protège de rien. Derrière le flegme britannique et les rouflaquettes du Tour 2012, il y avait un homme en miettes.

C’est une lecture lourde, parfois violente. Mais elle offre aussi quelque chose de rare : l’image d’un homme qui ne cherche plus à tricher, ni avec les autres, ni avec lui-même. Pour Wiggins, la victoire la plus importante reste peut-être celle qu’il est en train de mener aujourd’hui : retrouver la paix intérieure.

1 débat

One Cycling : fausse bonne idée ou vrai accélérateur ?

Le projet One Cycling agite le peloton : son avenir est encore incertain, mais il pourrait faire bouger les lignes.

Cette semaine encore, One Cycling a occupé le devant de la scène. Pensé comme une tentative de refondation du cyclisme professionnel, le projet veut créer une ligue semi-fermée sur le modèle de la F1 ou de la NBA, avec l’appui d’investisseurs privés, notamment le fonds souverain saoudien PIF.

L’ambition est claire : sécuriser les revenus, mieux répartir les richesses et rendre le cyclisme plus attractif pour les diffuseurs et sponsors. Sur le papier, beaucoup d’objectifs sont justes. Mais dans les faits, la mise en œuvre est chaotique : les règles évoluent en permanence, les acteurs ne sont pas tous alignés, et l’absence d’adhésion d’ASO, gardien du Tour de France, pèse lourd.

Je reste partagé. One Cycling souffre d’un paradoxe : une vision intéressante portée par des figures parfois controversées et une exécution qui manque de lisibilité. Mais malgré ses faiblesses, le projet a le mérite d’avoir ouvert un débat devenu inévitable. Tôt ou tard, l’argent devra être mieux réparti dans le peloton. Même ASO semble comprendre qu’il faudra lâcher un peu de terrain.

Rien que pour avoir imposé cette prise de conscience, One Cycling aura déjà servi à quelque chose.

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