Pages et Sport – Avril 2025

Published by

on

« Pages et Sport: ma recommandation hebdomadaire pour faire le lien entre lecture et sport », un format que je publie tous les jeudis sur Instagram. Je compile ici les publication du mois qui vient de se terminer.

Tokyo Fight

Dans Tokyo Fight , Jerome Le Banner, avec Karim Ben Ismaïl, livre un témoignage sans filtre sur son parcours hors norme, entre violence, résilience et quête d’identité. De son enfance au Havre marquée par un père traumatisé par la guerre d’Algérie à ses premiers combats sur le circuit du K-1, il raconte tout, sans détour, brut de décoffrage.

Le Japon est omniprésent dans son histoire, d’abord à travers le judo et les dessins animés, puis par son immersion dans le monde du combat. Mais derrière le guerrier se cache une grande fragilité : incapable de rester seul, il dormait parfois avec ses entraîneurs, et après sa défaite en finale du K-1 en 2002 contre Ernesto Hoost, il sombre dans la nuit tokyoïte et ses dangers.

Le livre alterne souvenirs de combats – dont ceux contre Mark Hunt – et récits de ses errances : un bad trip hallucinant à Roppongi, 13 jours et 13 nuits en prison, ou encore une anecdote improbable où il sauve Vin Diesel sur un tournage. Il évoque aussi ses débuts au théâtre en 2020, comme un nouveau combat contre lui-même.

Un récit accessible, puissant, brut et sincère, à l’image de son auteur.

On m’appelle Casquette Verte

À première vue, je n’étais pas censé lire ce livre. Le personnage de @casquetteverte , je le connais via les réseaux, et en étant un minimum connecté au milieu du trail, j’avais déjà un avis. Et cet avis n’était pas franchement positif. Pas de haine, pas de rejet, mais un désintérêt poli : sa manière d’appréhender le sport, ce n’est pas la mienne.

Je ne remets pas en cause ce qu’il fait, ni même le personnage qu’il incarne. Il a son public, sa façon de faire, et au fond, il ne fait de mal à personne. D’ailleurs, j’ai déjà suivi certains de ses projets (comme les OFF) et, honnêtement, j’en suis parfois ressorti avec un regard plus nuancé, voire admiratif.

Mais ce qui m’a toujours dérangé, c’est l’impression que le personnage s’est construit « contre » plutôt que « avec » — une posture un peu trop teintée d’ego, amplifiée forcément par les réseaux sociaux, qui adorent ce genre de mise en scène.

Alors pourquoi lire le livre ? Par curiosité. Pour aller au-delà du vernis. Pour voir si mes intuitions tenaient la route, si certaines critiques pouvaient être éclairées, nuancées, ou contredites.

Et c’est ce que le livre m’a permis, en partie. J’y ai découvert une autre facette du projet Casquette Verte : à l’origine, juste un blog pour raconter une entrée un peu punk dans le monde de la course à pied.

À travers le livre, Alexandre Boucheix ouvre un pan plus intime de son parcours. Il ne gomme rien : ni les excès, ni les contradictions, ni les blessures. Il parle sans détour de ses fragilités, de son rapport à lui-même, de ses masques aussi. Et c’est ce que j’ai trouvé le plus fort.

Alors non, je ne ressors pas de cette lecture « fan » du personnage. Je continue de préférer un Kilian Jornet qui parle de son entraînement en 30-30 plutôt qu’un Casquette Verte qui évoque sans filtre son envie de reprendre la clope à un certain âge. Mais l’un n’annule pas l’autre. Ce sont deux visions du sport, et deux libertés d’être.

Et pour ceux qui aiment, comme pour ceux qui n’adhèrent pas, je pense que ce livre apporte quelque chose.

Les fantômes de Munich

Ce récit revient sur l’attentat des Jeux olympiques de Munich en 1972. Le 5 septembre, huit membres du groupe palestinien Septembre noir pénètrent dans le village olympique, tuent deux membres de la délégation israélienne, et prennent en otage neuf autres athlètes – qui seront finalement exécutés lors d’un assaut raté à l’aéroport de Fürstenfeldbruck.

L’auteur retrace la quête de vérité autour de cette tragédie à travers les récits de plusieurs témoins, proches ou personnes indirectement impliquées. Parmi eux, le gymnaste français Georges Guelzec, qui avait éliminé un concurrent israélien lors des sélections olympiques, et à qui ce dernier dira des années plus tard « Tu m’as peut-être sauvé la vie » après avoir participé aux JO.

Au fil des pages, l’ouvrage met en lumière une série de défaillances : une police bavaroise mal préparée, des décisions politiques contestables, le refus de l’aide du Mossad, et un désir des autorités allemandes de privilégier l’image de Jeux légers et fraternels, quitte à sacrifier la sécurité.

Ce livre va bien au-delà du simple fait divers sportif – d’ailleurs encore trop peu connu du grand public à mon sens – pour s’imposer comme une lecture essentielle sur l’émergence du terrorisme international, sa mise en scène médiatique, et les ambiguïtés persistantes du sport face à la violence politique.

Seule réserve : si le début du livre est remarquablement documenté et tendu, l’auteur s’éloigne progressivement de l’enquête pour élargir la réflexion à d’autres thématiques, comme la gestion des foules dans les stades ou l’héritage sécuritaire des Jeux de Paris 2024. Des digressions intéressantes, mais parfois un peu éloignées du cœur du sujet.

L’important, c’est les 3 points

Fabrice Bocquet part d’un constat : peu de livres traitent du management d’un club de football du point de vue de la direction. Après un passage chez Lehman Brothers puis comme consultant en stratégie dans le cabinet de conseil McKinsey, il occupera pendant 7 ans des postes de direction au FC Lorient. Il est aujourd’hui DG de l’OGC Nice.

Pour lui « un club de football est une entreprise, et une entreprise ne navigue pas à vue et doit avoir un cap sur plusieurs années ». L’auteur, via des raisonnements éclairés, défend des principes forts, comme la stabilité de l’entraîneur, l’importance d’une stratégie cohérente de mercato, ou encore la nécessité d’aligner les ambitions sportives avec l’identité du club et de son territoire.

Ce qui m’a frappé, c’est la rigueur de l’analyse. Fabrice Bocquet mobilise des outils de stratégie d’entreprise, compare la cellule de recrutement à un département de fusions- acquisitions, et propose des schémas précis pour piloter dans l’incertitude. Le livre est d’ailleurs très bien illustré de schéma et graphiques et aurait toute sa place dans la bibliothèque d’HEC dont il est un ancien élève.

Un livre éclairant que certains dirigeants de Ligue 1 devraient peut-être lire.

On se retrouve le mois prochain pour la compilation des recommandations lecture du mois de mai!

Laisser un commentaire