Itinéraire de la semaine – 05 mai

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Comme chaque semaine, retour sur trois faits marquants de l’actualité sportive, deux découvertes média (podcast, lecture, vidéo, …) et un débat ou une prise de position qui ont attiré mon attention.

3 faits marquants

Zarco, lumière sur le MotoGP

Johann Zarco s’est imposé au Grand Prix de France. Une victoire rare pour un Français, et un moment fort pour un sport qui mériterait plus de place.

Il y a la F1, omniprésente, devenue spectacle global. Et puis il y a le MotoGP, plus discret, plus de niche. Pourtant, ce dimanche, c’est bien sur deux roues qu’a eu lieu le grand frisson, avec la victoire de Johann Zarco au Grand Prix de France. Une première pour lui, une première pour un Français au Mans depuis 1954.

Ce n’est pas un sport que je suis de très près. Je connais quelques noms, je regarde les résumés. Mais à chaque fois que je m’y replonge, comme ce week-end, je suis frappé : c’est spectaculaire, nerveux, lisible, parfois même plus que la F1 pour un œil non-expert. Et quand en plus les Français brillent — victoire de Zarco, pole de Quartararo — ça attire, forcément.

Le MotoGP manque peut-être d’un relais grand public en France. Il n’a pas encore eu son “Drive to Survive”. Mais des moments comme celui-ci peuvent changer la donne. Il faut des visages, des héros, des émotions. Et Zarco, après tant de podiums sans victoire, en a offert une belle dose ce dimanche.

Vollering, promesse tenue

Demi Vollering s’impose sur la Vuelta Féminine, première victoire majeure sous les couleurs de FDJ–Suez. Une intégration qui pose les bases de quelque chose de solide.

Quand FDJ–Suez a annoncé la signature de Demi Vollering, on pouvait s’interroger. L’équipe avait déjà Evita Muzic comme leader, et venait aussi de faire venir Juliette Labous. Trois coureuses de haut niveau, trois ambitions légitimes… mais une seule course à la fois.

Pourtant, tout semble avoir trouvé sa place. Sur cette Vuelta Féminine, Vollering a tenu son rang. L’équipe a su répartir les rôles intelligemment, et la victoire finale confirme que l’alchimie prend. C’est une vraie réussite collective, dans une édition plaisante à suivre, même si l’abandon de Pauline Ferrand-Prévot, usée après un gros début de saison, a laissé un goût un peu amer.

En coulisses, il y avait aussi cette petite tension avec son ancienne directrice sportive, Anna van der Breggen, désormais en face chez SD Worx. Un duel à distance, symbolique, entre deux visions du leadership.

Et maintenant ? Maintenant, on a hâte. Hâte de voir si cette dynamique se confirme sur les prochaines courses par étapes. Et surtout, hâte de voir ce que ce groupe pourra faire sur le Tour de France féminin cet été.

Bretagne, cœur battant du cyclisme

Une semaine de Coupe de France marquée par des révélations, des retours attendus et un final spectaculaire au Tro Bro Leon. Tout ce que j’aime dans ce sport.

Cette semaine, le cyclisme avait rendez-vous en Bretagne. D’abord pour deux manches de Coupe de France, conclues par une victoire nerveuse de Lewis Askey, puis celle d’Aubin Sparfel, 19 ans, qu’il faudra suivre de près. Comme Paul Seixas, évoqué ici récemment, il incarne une nouvelle génération française prometteuse.

On a aussi vu le retour de Benoît Cosnefroy, vainqueur du GP du Morbihan, après une longue absence. Solide, offensif, bien placé : de quoi relancer sa saison.Mais le vrai sommet, c’était le Tro Bro Leon. Une édition épique, remportée par Bastien Tronchon, dans des conditions dantesques. De la pluie, de la boue, des chemins défoncés, et un scénario débridé : des attaques, des mouvements, du suspense jusqu’au bout. Le genre de course où il peut se passer quelque chose à chaque virage, et où le cyclisme retrouve sa forme la plus brute.

Pendant ce temps-là, le Giro a commencé. C’est beau, c’est dense, c’est prestigieux. Mais pour l’instant, le scénario est assez prévisible. Et à choisir entre une grande course trop verrouillée et une petite course qui déborde de vie, mon cœur ne balance pas longtemps.

Le Tro Bro Leon n’est pas une course World Tour. Mais à mes yeux, c’est là que le cyclisme montre ce qu’il a de plus précieux : de l’authenticité, du panache, de la bagarre.

2 médias intéressants

Course Epique x Vincent Bouillard

Dans Course Épique, Vincent Bouillard livre un échange dense et nuancé. Un athlète engagé, lucide, qui refuse les cases toutes faites.

Il y a des épisodes qu’on écoute en diagonale. Et puis il y a ceux qu’on garde en tête. Celui de Course Épique avec Vincent Bouillard, vainqueur de l’UTMB 2024, appartient clairement à la seconde catégorie. Athlète au palmarès déjà solide, ingénieur chez Hoka, et voix de plus en plus écoutée dans le monde du trail, il prend ici le temps de dire les choses. Posément. Précisément.

Ce qui m’a sans doute le plus marqué, c’est quand il distingue le métier d’athlète de celui de créateur de contenu. Une idée simple, mais qu’on entend trop rarement. Il refuse l’injonction de devoir produire, s’exposer, raconter — et rappelle que ce n’est pas une obligation pour performer. Que ce sont deux choses différentes, et que tout le monde ne doit pas faire les deux.

Autre point fort : son engagement écologique, sans naïveté. Il parle ouvertement de ses failles, de ses contradictions, de la difficulté à concilier convictions et réalité du haut niveau. Ce n’est pas un discours marketing, c’est un témoignage honnête. Il évoque aussi son envie de représenter la France, son regard sur la Western States à venir, les différences France-USA … mais toujours avec cette façon de poser les choses, sans forcer le trait, sans surjouer. Un coureur réfléchi, habité, rare.

Débat foot, version internet

Dans Locker Room, Elias Gerschel reçoit Thomas Bonnavent et Romain Beddouk, visages de Winamax FC et du Club des 5. Un échange riche sur une autre manière de parler foot.

J’avais déjà recommandé ici le premier épisode de Locker Room, avec Hugo Guillemet. Cette fois, Elias Gerschel revient avec un format tout aussi passionnant, en recevant Thomas Bonnavent et Romain Beddouk, deux figures incontournables de Winamax FC et du Club des 5 — deux émissions qui ont profondément changé la manière dont on débat foot sur internet.

Ils reviennent sur leurs débuts, leurs parcours, les gens qui ont marqué l’aventure (comme Walid Acherchour), mais aussi sur la manière dont ils ont construit un format à contre-courant des codes classiques : pas de langue de bois, mais de la passion, du rythme, des échanges sans filtre… et une vraie proximité avec leur audience.

Ce n’est pas seulement une success story de plus. C’est aussi le récit d’un basculement : celui d’un journalisme sportif qui s’adapte, qui explore, qui se réinvente grâce aux outils numériques. Et quand on a suivi un peu de loin ou de près cette évolution, c’est intéressant d’en entendre les artisans racontés de l’intérieur.

1 débat

Non, il n’y a pas que le foot

Après une semaine de Ligue des champions haletante, le vieux poncif revient : “il n’y a que le foot pour procurer ça”. Il est temps de nuancer.

Cette semaine, la Ligue des champions nous a offert deux matchs fous. PSG–Arsenal, tendu, indécis. Et surtout, Inter–Barça, au scénario totalement dingue. Et comme souvent dans ces moments-là, certains ont ressorti cette phrase qu’on entend trop : “il n’y a que le foot pour offrir des émotions pareilles”.

Je comprends ce qu’ils veulent dire. Le football favorise les bascules : peu de buts, donc chaque action peut tout changer. Ajoutez à ça l’ambiance, le direct, l’enjeu… oui, les émotions peuvent être très fortes.

Mais dire que seul le football procure ça, c’est faux. Et surtout, ça vient souvent de gens qui ne regardent que le foot.

Prenez le Tour de France 2019. Ceux qui l’ont vécu se souviennent de Thibaut Pinot, dominateur, en passe de réaliser l’impossible… avant ce moment brutal, cette blessure qui l’arrête net alors que tout semblait possible. Trois semaines d’ascenseur émotionnel. Rien à envier au foot.

Je pourrais citer le tennis, le biathlon, le trail, la F1… Les émotions sont partout. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’on décide de suivre. Et la manière dont on s’y attache.

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