L’Euro 2024 a débuté il y a quelques jours mais mon enthousiasme pour cette compétition n’était pas très marqué. Je n’ai pas de raison particulière pour expliquer cela, mais plusieurs facteurs peuvent en être la cause : la multiplication des matchs, le peu d’attrait personel pour le football des sélections nationales, souvent moins élaboré que celui des clubs, et une médiatisation tardive.
Pour me plonger plus profondément dans l’événement et me donner un prétexte pour le suivre avec envie et assiduité, j’ai décidé de repenser et rafraîchir ma vision du football grâce à quelques lectures. Car si le football n’est trivialement qu’un simple jeu de ballon avec 22 joueurs, je pense qu’il est bien trop réducteur de le considérer qu’aussi simplement.
Avant tout un jeu
Alors, bien entendu, c’est avant tout un simple jeu où l’objectif est de marquer des buts. C’est par cet aspect que j’ai découvert le football en le pratiquant très jeune avec pour seul envie de prendre du plaisir en jouant avec d’autres passionnés. C’est aussi souvent comme ça que je regarde et apprécie les matchs en tant que spectateur. Les émotions procurées par le jeu se suffisent à elles-mêmes et à me contenter.
Avec le temps, via la pratique et le suivi relativement assidu des compétitions, et si l’on veut entretenir la flamme de la passion, je pense qu’il est nécessaire d’aller un peu plus loin et d’essayer de comprendre ce qu’il se passe concrétement sur le terrain. Le football n’est pas issu de rien mais est le résultat d’un passé dont il faut connaître les bases quelles soient tactiques, réglementaires, historiques, etc.
La lecture du livre « Tout comprendre au football » m’a permis de remettre en perspective tout cela.

Comme dit dans le titre, en 52 points, les auteurs balayent ce qui fait l’essence du football. Par exemple, le premier point « Ne regardez pas le ballon » révèle qu’en moyenne, un footballeur ne touche le ballon que 4.6% du temps donc qu’il passe le reste à faire autre chose (appels, replacement, pressing, …). Il faut donc se concentrer sur tout ce jeu sans ballon pour comprendre toute l’utilité d’un joueur. Autre statistique intéressante:
Depuis 2010, seulement 3% des corners tirés dans les cinq grands championnats européens ont amené un but. Et pour les buts inscrits directement depuis un corner (soit la deuxième touche de balle après que le corner eut été tiré), ce chiffre tombe entre 1 et 2%
Ce qui permet ensuite aux auteurs de montrer, lors du point suivant, que les corners joués à deux peuvent être plus intéressants car ils permettent d’ouvrir l’angle de passe notamment, ce qui se traduit statistiquement par 3.7% de buts inscrits.
Le livre, via des infographies, des schémas et des illustrations simples abordent aussi l’aspect tactique en expliquant les différentes formations type 4-4-2 ou 4-3-3, les différents types de marquages en zone ou individuel, leurs failles et leurs forces. On y trouve aussi des explications sur le réglement, notamment un point sur la règle du hors-jeu, qui historiquement, a été créée pour rendre du dynamisme au jeu et éviter que les attaquants campent dans la partie de terrain adverse.
Cette lecture m’aura permis de prendre ou reprendre conscience de certains aspects du jeu. Il m’a donné envie de me concentrer sur certaines phases et quelques nouvelles clés pour analyser au mieux les matchs que je vais regarder durant cette Euro. En plus, ce format en différents points relativement décorrélés les uns des autres, et avec des illustrations sympathiques et claires, me permettront de venir y repiocher certains éléments de temps à autres.
Dont il faut connaître les acteurs
Ensuite, pour apprécier au mieux la compétition de ce début d’été, j’avais envie de me remettre à jour et connaître au mieux le contexte. Pour cela, en complément de mes écoutes quotidiennes du podcast de l’After Foot et la lecture des articles de l’Equipe, je me suis procuré le So Foot de ce mois.

Dans un précédent article, j’ai déjà parlé de l’univers So Press via Pédale!, le magazine vélo hors-série de So Foot. Je ne lis pas So Foot fréquemment, et c’est sans doute une erreur, mais je suis habitué à cet éditeur de presse via son magazine d’actu Society. Ce qui m’y plait, c’est ce ton décalé mais toujours juste et fouillé sur des sujets parfois classiques mais souvent originaux.
On retrouve cela dans le So Foot spécial EURO 2024. A la lecture, j’ai retrouvé la trace de Sylvinho, un portrait lui étant consacré, éphémère entraineur de mon club de coeur, Lyon, et maintenant sélectionneur de l’Albanie. D’autres portraits sympathiques sont présents, notamment celui de Danso, encore plus d’actualité depuis qu’il a refait le portrait du Kyk’s national.
La partie centrale du magazine se concentre sur la présentation de chacune des équipes. C’est la raison de mon achat et je ne suis pas déçu. Non seulement, ça permet de mieux cerner les effectifs, compositions et forces/faiblesses de chacune des équipes, mais la forme est succulente. Je retrouve là tout ce que je suis venu chercher, la forme au service du fond, le ton décalé qui plaît au twittos que je suis. Petit extrait de l’encart sur les raisons qui empêcheront la Hongrie de gagner
Le reste des équipes du groupe, qui vont enchainer les masterclass, marquer que des bangers en mode dinguerie, tout le monde sera chockbar de bz.
Et d’après le récit prédictif, subtilement nommé Euro Visions , la France devrait l’emporter devant l’Italie avec:
Le sourire de Zizou en tribune et la rage de Daniel Riolo sur la victoire des Bleus mais la défaite du football.
Le tout issu d’une analyse tactique du jeu de la France , que je partage :
On blinde derrière, on balance devant et sur un malentendu, ça passe.
Le reste des articles du magazine me donne une ouverture pour la dernière partie que je vais aborder. So Foot explore, via l’Euro, les enjeux européens actuels en menant une petite analyse de la perception de l’organisation de cette compétition pour les allemands et, dans « Euro malgré tout », la mise en avant de l’équipe ukrainienne. Petit bonus avec l’interview finale consacrée à Raphaël Glucksmann où il détaille sa passion du foot non feinte.
Mais aussi les réalités en dehors des terrains
Car oui, trop souvent, on entend que « ce n’est que du foot » et pire « qu’il ne faut pas mêler foot – ou sport au sens plus large – et politique ». Je me suis toujours senti en opposition à cette idée. Le football et le sport sont des sujets politiques et dont les politiques n’hésitent pas à se servir.
Personnellement, j’ai toujours voulu explorer le football en dehors de ses frontières naturelles, les terrains, pour nourir ma curiosité sur d’autres sujets: économie, sociologie et donc géo-politique ici. Je retrouve régulièrement des analyses, débats sur ces thèmes dans l’After Foot et via la lecture de certains livres ou magazines dont So Foot évoqué précedemment.
Et depuis quelques temps, j’ai fait la découverte d’un compte twitter » FC Geopolitics » dont je lis régulièrement les éclairages. L’auteur du compte est aussi un auteur de livres liant, comme le nom de son compte l’indique, géopolitique et football. A l’occasion de l‘Euro 2024, une nouvelle édition de son livre « Football Club Geopolitics, 22 histoires insolites pour comprendre le monde » est sorti et j’ai sauté sur l’occassion pour aller le découvrir.

En cette année d’Euro et d’élections européennes, je trouve que ce livre a toute sa place pour découvrir, comprendre et donner envie de s’intéresser à ce qu’il peut se passer au delà de nos frontières et de celle du terrain. Comme précisé dans le titre, le livre est construit à partir de 22 histoires qui permettent notamment de retracer comment l’Europe s’est construite en parallèle du football européen, avec une large première partie qui lui est consacrée.
De manière chronologique, on suit, histoire après histoire, comment l’Europe s’est formée, à travers des récits précis sur des faits footballistiques. A titre d’exemple, on apprend que le Croatie s’est servi de l’Euro 1996 pour mettre en lumière sa volonté d’indépendance de l’ex-yougoslavie ancrée dans une réalité conflictuelle, notamment avec la Serbie, que l’on retrouve jusque sur les terrains:
Dans le même temps, de nombreux Serbes de souche vivant en terre croate s’opposent à cette sécession et veulent que leur territoire reste attaché à la Serbie. Cette tension se matérialise une semaine plus tard, le 13 mai 1990, à l’occasion d’un match de football entre le Dinamo Zagreb et l’Etoile rouge de Belgrade. La rencontre, qui doit avoir lieu dans le stade Maksimir de Zagreb, n’a finalement pas lieu. Les affrontements, avant le match, entre le groupe des supporters du Dinamo et ceux de l’Etoile rouge, dégénèrent en émeutes. Après que les supporters serbes ont commencé à attaquer leurs homologues à grands cris de « Zagreb est serbe » et « Nous tuerons Tudman », les supporters corates contre-attaquent.
Bien qu’ayant déjà conscience de l’impact que le football peut avoir sur la marche du monde, la lecture du livre permet d’y trouver des exemples qui me serviront la prochaine que j’entends quelqu’un vouloir ranger ce sport, et le sport en général, en simple divertissement.
Un jeu et des enjeux
Alors certes, il faut parfois, et notamment le temps d’un match, se contenter de revenir à l’essence même du football à savoir un jeu simple qui procure des émotions. Cependant, pour le saisir au mieux, je considère qu’il est important d’intellectualiser un peu le tout en ayant la curiosité d’aller comprendre les éléments tactiques, réglementaires, les faits historiques du football. Et même au delà, ce sport doit permettre de mettre sur la table d’autres enjeux que la simple confrontation de deux équipes. Il s’ancre dans une réalité notamment politique et géo-politique qui peut l’influencer. Pour moi, c’est aussi un très bon prétexte pour aller explorer des sujets différents et essayer de mieux cerner le monde qui nous entoure.

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